Briefings sectoriels
37e Rapport sur l'état de la logistique : Devenir plus fort dans la perturbation — La résilience de la chaîne d'approvisionnement devient une compétence clé.
Le 37e rapport sur l'état de la logistique aux États-Unis révèle que les chaînes d'approvisionnement mondiales sont entrées dans une nouvelle normalité de perturbations continues, obligeant les entreprises à faire de l'adaptabilité une compétence de base, tandis que l'IA et l'automatisation deviennent des leviers clés.
Introduction
La chaîne d'approvisionnement mondiale connaît un profond changement de paradigme : les conflits géopolitiques persistants, les itérations rapides des politiques commerciales, les pénuries de main-d'œuvre et la hausse des coûts opérationnels sont passés de chocs ponctuels à des variables opérationnelles permanentes. Le 16 juin, le Council of Supply Chain Management Professionals (CSCMP), en partenariat avec Kearney et Penske Logistics, a publié à New York la 37e édition du *State of Logistics Report*, intitulée « Forgé dans la perturbation » (Forged in Disruption). Le rapport indique que le modèle passé, qui reposait sur une planification quinquennale, n'est plus viable, et que les entreprises doivent intégrer « l'adaptation continue » dans leur ADN organisationnel.
Développements clés
Les données clés du rapport montrent qu'en 2025, le coût total de la logistique pour les entreprises américaines s'élève à 2 400 milliards de dollars, soit 7,8 % du PIB, en baisse par rapport aux 2 600 milliards de dollars (8,7 %) de 2024, mais l'efficacité s'est considérablement améliorée par rapport aux 19 % enregistrés avant la déréglementation du transport routier en 1979.
Le rapport identifie cinq forces structurelles qui continuent de façonner le paysage logistique mondial : une croissance mondiale asymétrique, un durcissement des conditions financières (inflation et dette publique), une accélération de la recomposition des flux commerciaux et géopolitiques, des contraintes de main-d'œuvre et de productivité, et la volatilité des prix de l'énergie.
L'intelligence artificielle (IA) est passée du stade expérimental à celui d'une valeur commerciale mesurable. L'IA crée de la valeur à travers quatre capacités : « interpréter, prédire, recommander, exécuter », mais l'écart d'adoption entre les entreprises est considérable – les leaders ont intégré l'IA dans leurs processus centraux, tandis qu'une grande partie des entreprises restent au stade de projets pilotes isolés, voire n'ont pas encore commencé.
Les contraintes de main-d'œuvre poussent les entreprises à accélérer les investissements dans l'automatisation et le numérique. Le rapport recommande aux organisations de privilégier la conception de chaînes d'approvisionnement résilientes plutôt que simplement efficaces, de privilégier la productivité des actifs plutôt que l'expansion du réseau, et de renforcer la visibilité de bout en bout ainsi que l'intelligence décisionnelle.
Analyse modale
Transport routier (chargement complet et chargement partiel) : Le marché américain du transport routier complet, après le cycle de ralentissement le plus long, a touché le fond grâce à un assainissement de l'offre plutôt qu'à une reprise de la demande. Depuis 2022, environ 89 000 transporteurs ont quitté le marché. Les prix commencent à se raffermir, mais la demande reste fragmentée. Le marché passe d'un marché unifié national à un marché « par couloir », et les grands chargeurs abandonnent les appels d'offres annuels au profit d'achats dynamiques.
Ferroviaire/transport multimodal : La fusion entre Norfolk Southern Railway et Union Pacific Railroad (visant à créer le premier réseau ferroviaire unifié reliant les côtes Est et Ouest des États-Unis) est devenue un point focal pour le secteur ; une version révisée de la demande a été soumise en avril au Surface Transportation Board. Les partisans affirment que cela améliorerait les délais et favoriserait le transfert modal de la route vers le rail, mais les critiques craignent une réduction de la concurrence et une hausse des tarifs. En 2025, les revenus des chemins de fer de première classe sont stables, le volume de fret a légèrement augmenté, et les revenus du transport multimodal ont baissé.Fret aérien : En 2025, la demande mondiale augmente de 3,4 %, avec des disparités régionales marquées. Les préachats liés aux droits de douane stimulent la demande en début d'année, les routes Asie-Europe croissent de 10,3 %, tandis que les routes Asie-Amérique du Nord baissent de 0,8 %. Les coûts de carburant, les exigences en carburant d'aviation durable, les perturbations dans le golfe Persique et les tensions géopolitiques continuent de créer des fluctuations. Le rapport indique que le fret aérien se tourne vers des marchandises à forte valeur ajoutée, où la vitesse et la fiabilité surpassent le coût du transport.
Livraison express/dernier kilomètre : Après la suppression de l'exemption « de minimis » pour les colis chinois, le volume quotidien de colis aériens chute d'environ 85 %, poussant les expéditeurs à se tourner vers l'exécution nationale. Les transporteurs augmentent leurs taux généraux de 5,9 %, sans compter les carburants et les surtaxes. La polarisation du marché s'accentue : coexistence de livraisons régionales à prix extrêmement bas et de services premium urgents.
Transport maritime : Surcapacité persistante, les nouvelles livraisons de navires aggravent le déséquilibre offre-demande. Mais les perturbations continues sur des voies clés (Mer Rouge, détroit d'Ormuz, canal de Panama, Mer Noire) soutiennent à court terme les taux de fret tout en limitant les options de routes alternatives.
Entreposage : L'emploi se stabilise entre 1,8 et 1,9 million de personnes, mais la pénurie de postes hautement qualifiés persiste, avec un turn-over annuel dépassant 40 %.
Logistique tierce partie (3PL) : Le secteur est à un « point d'inflexion stratégique » : les chargeurs attendent une transition de l'exécution transactionnelle vers une orchestration de bout en bout de la supply chain. Les 3PL leaders élargissent la densité de leurs nœuds, déploient des outils de visibilité en temps réel et appliquent l'IA pour soutenir l'intégration de réseaux complexes.
Impact sur la supply chain
La fréquence élevée des changements de politique commerciale (en moyenne une fois toutes les 1,5 semaine en 2025) fait de la complexité tarifaire une « variable opérationnelle permanente ». Le risque évolue d'une « dette de réseau » (inefficacité due à une reconception retardée) à une « dérive de réseau » (les ajustements d'urgence affaiblissent progressivement la performance). Les entreprises doivent abandonner les plans quinquennaux et établir des mécanismes de réponse dynamiques.
Perspective régionale
Bien que le rapport se concentre sur les États-Unis, la perspective mondiale est omniprésente. Les routes Asie-Europe sont fortement affectées par la situation au Moyen-Orient, tandis que les routes Asie-Amérique du Nord souffrent des droits de douane et de la polarisation de la demande. Les corridors latino-américains et africains en sont encore à leurs débuts, mais la recomposition des flux commerciaux mondiaux offre des opportunités aux économies émergentes. Les accords régionaux comme IMEC et RCEP redessinent les flux commerciaux.
Perspectives futures
Le rapport souligne que les leaders de la supply chain de nouvelle génération seront ceux qui feront de la résilience, de la discipline de tarification et de la productivité numérique leurs compétences de base. L'IA, la robotique et les camions autonomes passent rapidement du pilote au déploiement à grande échelle. Korhan Acar, associé chez Capgemini, note : « La croissance rentable est devenue l'objectif central. La supply chain moderne génère plus d'informations que ce que les humains peuvent traiter ; l'IA aide les décideurs à se concentrer sur les problèmes clés et améliore la prévisibilité et le temps d'intervention. »
Conclusion
Le message central du 37e rapport sur l'état de la logistique est clair : la disruption n'est pas une transition, mais une nouvelle norme. Les entreprises doivent passer de la réaction passive à l'adaptation proactive, considérant la transformation numérique et l'automatisation comme des nécessités de survie plutôt que des options. Le ratio coûts logistiques/PIB s'est amélioré, mais la complexité opérationnelle et l'incertitude sont sans précédent. Seule une évolution continue permet de devenir plus fort dans la volatilité.
Note locale sur les sources · logisticsnews
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